ABéCéDaire de l'orgue

A comme
Aubervilliers

C'est dans le "neuf-trois" !
(93, Seine-Saint-Denis)

 

Cliché de la brochure de la Ville d'AubervilliersVitrail de 1920. Cliché DGW.En l'an 1242, il n'y avait à Aubervilliers qu'une simple chapelle, une "succursale" de Saint-Marcel-lès-Saint-Denis. Elle fut érigée en paroisse vers l'an 1300 sous l'invocation, qu'elle avait déjà, de Saint Christophe.

De 1336 à 1607, les nombreuses guérisons qui se produisirent dans cette chapelle lui firent donner le nom de Notre-Dame des Vertus qu'elle n'obtint officiellement qu'en 1866. Au sens étymologique du terme, "Notre-Dame des Miracles". Ces guérisons provoquèrent la renommée et la reconstruction de l'édifice. Construit en pierres tendres, du XIVe au XVIIe siècle, il a 40 mètres de long sur 22 mètres de large et présente un clocher monumental. La façade de l'église a été construite vers 1628 dans un parfait style Jésuite.

En 1411 les Armagnacs pillèrent l'église.
En 1459, les Anglais occupèrent la région jusqu'à la pais d'Arras.
En 1529, devant les progrès du protestantisme, "toutes les paroisses de Paris s'assemblèrent en l'église Cathédrale (de Paris) et allèrent en procession à Nostre-Dame-des-Vertus à la clarté d'un si grand nombre de torches et de flambeaux que ceux qui estoient vers Montlhéry pensaient que le feu fut dans Paris" Un vitrail illustre cet épisode. On y voit la tour de Montlhéry tout au fond. ->
En 1567 une bataille opposa l'armée catholique d'Anne de Montmorency aux troupes du Prince de Condé.
En 1590, pendant le siège de Paris, Henri IV campa à proximité du village.
En 1614, Louis XIII, victorieux des Protestants, y fit vœux de bâtir une église et en présenta la maquette : ce sera Notre-Dame des Victoires ! (A Paris).
Avec l'établissement des Oratoriens au XVIIe siècle, Aubervilliers devint un centre spirituel important et reçut d'illustres visiteurs parmi lesquels on note Jean-Baptiste de la Salle (qui y a sa statue).

L'Orgue de Notre-Dame des Vertus, à Aubervilliers.

L'orgue ne peux pas être antérieur à l'achèvement du portail derrière lequel il se trouve, en 1628.

Composition d'origine probable :
Grand-Orgue
Récit
Montre 8'
Bourdon 8'
Prestant
Doublette
Fourniture
Cymbale
Flûte 4'
Nasard
Tierce
Flageolet 1'
Cornet V (25 notes)
Trompette
Clairon
Voix Humaine
Cornet V
Tremblant fort, Rossignol (?), Tambour (?).

Il est vraisemblable de dater l'érection de l'Orgue vers 1630-1635. Le style du grand buffet l'apparente plus ou moins étroitement à ceux de Pont de l'Arche (1605), Meaux (1627), et surtout Notre-Dame de Pontoise (1638) et Mitry (1641).
le nom du facteur reste dans le doute. Un des derniers ouvrages de Pescheur ? De Valeran de Héman ? Ce dernier est plus probable puisqu'un relevage est demandé en 1657 à Pierre Desenclos, ex associé et successeur des neveux Héman, eux-mêmes successeurs de Pescheur.
Le devis-mémoire que Pierre Desenclos présente le 23 novembre 1657 permet de supposer que l'orgue a déjà une trentaine d'années.
Cet orgue était à deux claviers : un Grand-Orgue de 14 jeux sur 48 notes et un Cornet d'Écho, sur 32 notes (?)

 

A l'occasion du relevage, faute de Positif, Desenclos complète l'Écho en deuxième plan sonore en y ajoutant une Cymbale de deux rangs et un Cromorne. Il ajoute un second tremblant à vent perdu et un pédalier en tirasse de 29 notes.

 

Une tradition (comme il en est trop) veut qu'une réfection complète de la tuyauterie soit attribuée à "Clicquot". En fait, le buffet du positif ajouté à cette occasion, le clavier et le sommier de Positif avec 1er Ut#, les tirants de registres (ceux ajoutés, les autres sont authentiques), le pédalier et les tuyaux trahissent une intervention au début du XIXe siècle. Les claviers, reconstruits, sont montés à 51 notes (au ré). Les deux rangs de Cymbale du Récit sont descendus au Positif.
Le style tardif du petit buffet de Positif semble être plutôt de Dallery. Certainement pas de Clicquot dont le style est assez bien défini, comme on peut le voir sur les positifs de Poitiers ou de Saint Nicolas des Champs. Les flancs du Positif d'Aubervilliers sont composés de panneaux plus anciens encore. Pendant cette période de 150 ans entre 1657 et 1800, n'y aurait-il pas eu d'autres travaux ? La question reste sans réponse d'autant plus que le Plein-Jeu du positif ne semble pas issu de celui, disparu, du Grand-Orgue et est trop complet pour être issu des seuls deux rangs de cymbale de l'Echo.

 

Positif, 51 notes Grand-Orgue, 51 notes Récit expressif, 39 notes (au Do 2)
Dessus de Flûte 8'
Bourdon 8'
Montre 4'
Nasard
Tierce
Plein-Jeu
Cromorne

Raugel aurait oublié la Quarte et le dessus de Hautbois ?
Bourdon 16' / Dessus flûte 16'
Montre 8'
Bourdon 8'
Dessus Flûte 8'
Prestant
Nasard
Octavin
Tierce
Cornet V
Trompette
Grande Trompette
Clairon
Flûte 8'
Bourdon 8'
Gambe
Céleste
Flûte Octaviante 4'
Pleureuse (Voix-Humaine)
Clarinette
Clairon
Pédale en tirasse 24 notes Ut à Si, Accouplement à tiroir II / I, Appel P.J. Positif et Anches GO,

La seconde moitié du XIXe siècle et le goût Romantique ont imposés des modifications que décrit Félix Raugel avant 1927 dans "Grandes Orgues du département de la Seine". L'orgue y est décrit au ton moderne :

Quelques modifications ont été faites avant 1939 par Louis-Eugène Rochesson :
la Pleureuse descend au Grand-Orgue sous forme de dessus de 16',
Le Hautbois de Récit fut prolongé en Trompette dans la basse,
Disparition du Clairon de Récit,
Descente de la Flûte 8' au Grand-Orgue,
...
Et à la fin de la guerre, il entreprend une restauration très limitée laissée inachevée :
Calottes mobiles aux Bourdons,
Oreilles à la Montre en façade,
Prolongation du Hautbois du Positif par un Basson dans le grave, copié sur celui de Dallery à Saint Gervais,
Pose d'un Octavin 2' et d'un Nasard d'occasion au Récit,
Repose des restes de la "Pleureuse" au Récit, complétée par des jeux à bouche,
Décalage de la Grande Trompette en Dessus de Bombarde 16'.

La restauration de 1990.

Cliché DGW.

La restauration de l'orgue a été abordée avec le plus grand respect, de par l'intérêt présentés par les mécanismes et sommiers anciens ainsi que par sa tuyauterie, même si cette dernière a subi des amputations et des altérations dues au changement de goût et à une mise au ton moderne.
L'essentiel de la tuyauterie remonte au XVIIe siècle, probablement à l'orgue d'origine.
Cromorne, Trompette et Clairon sont du XVIIe siècle, en étain martelé.
Trois jeux d'anche sont de facture fin XVIIIe (Dallery ?) : un dessus de Bombarde 16', la Voix-Humaine et le Hautbois.
Les jeux à bouches présentent un grand intérêt. Il sont du XVIIe siècle également, bien que certains fassent penser à une facture milieu du XVIIIe siècle. Les déplacements et les recoupes pour la mise au ton les ont laissés dans le plus grand désordre.
Quelques jeux ont disparu : le Plein-Jeu du Grand-Orgue, la Flûte de 4', le Larigot, le Flageolet, le Cornet du Récit. Mais certains de leurs tuyaux ont servi à compléter les dessus des autres jeux, ce qui a rendu leur restitution possible en les copiant à l'identique.

 

 

Console. Cliché Dumoulin

Lors de la restauration, un retour à l'orgue d'avant la révolution a été adopté. Enfin..., le retour à l'orgue de Dallery, en considérant que ce dernier, s'il en est l'auteur au début du XIXe siècle, travaillait encore comme Clicquot. Seule l'option pour un Récit XVIIIe a été préférée à un retour à un Écho XVIIe.
Retour au ton (1/2 ton sous le diapason moderne*) et tempérament (à 5 tierces pures) anciens retrouvés après reclassement de la tuyauterie.
(*) Le ton de chapelle était, en France, plus bas d'un ton par rapport au diapason moderne. Seul Thierry appliquait ce diapason au "ton de cour" (???).

Les travaux furent confié au Facteur d'Orgues Robert Chauvin, avec l'aide des Facteurs Benoist et Sarrelot.

Positif de dos, 51 notes Grand-Orgue, 50 notes sans 1er ut# Récit, 32 notes.
Montre 8', Dessus de Flûte (au sol 2)
Bourdon 8'
Prestant 4'
Doublette
Nasard
Tierce
Larigot
Fourniture III
Cymbale II
Cromorne
Bourdon 16'
Montre 8'
Bourdon 8'
Prestant
Flûte 4'
Doublette
Nasard
Tierce
Flageolet
Fourniture IV
Cymbale IV
Cornet V
Trompette
Clairon
Voix Humaine (en B & D)
Bourdon 8' + Prestant 4'
Cornet III
Hautbois
Trompette
Pédale 25 notes en tirasse, Accouplement à tiroir Pos/GO, Tremblant doux.

 

Une soufflerie à trois soufflets cunéiformes superposés a été installée sur le côté gauche de l'orgue, côté de l'entrée de l'ancien porte-vent.

Soufflerie.Cliché DGW

Page rédigée à partir de l'article publié par Pierre Hardouin et Jean Fonteneau dans "Connaissance de l'Orgue" N° 7/8 en 1973, et
la plaquette éditée en 1990 par le Centre Culturel et le Service des Archives Municipales d'Aubervilliers.

 

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